Suite à la découverte du cloitre de Palamos, Gerardo Boto se heurte au mutisme des propriétaires et à l’immobilisme de l’administration. Il s’adresse alors au journal el Païs, qui publie un article sur la découverte et relance rapidement l’enquête sur le cloitre de Palamos.

Les publications d’El Pais sur le cloitre de Palamos

La publication dans El Pais fait réagir les autorités

La publication a en effet précipité les événements. Le ministère de la Culture, jusque-là resté sourd aux demandes de l’association des Amis de l’art roman réagit. Il décrète une visite technique de ses services au Mas del Vent pour déterminer l’authenticité du monument.
Celle-ci a lieu les 7 Juin et 8 Juin 2012. Un comité d’experts, composé d’archéologues, d’architectes, de médiévistes, de géologues, et même d’experts en carrières de pierres, est dépêché sur place par les services culturels et du patrimoine de la Generalitat de Catalogne. À cette visite est également conviée la presse. C’est ainsi que le professeur Boto participe, non en tant qu’expert officiel du ministère, mais en tant qu’invité par le journal El Païs.

Dès que le monument fut dans son champ de vision, son langage corporel a laissé paraitre une émotion forte. Il était visiblement ému après deux ans de recherches et d’analyses des images numériques, pixel par pixel, d’être là, près d’un joyau roman espagnol. Il pouvait enfin y accéder, le visualiser, le toucher et faire un examen préliminaire. Un premier rendez-vous en privé avec le précieux monument.

Palamós. Mas del Ven

La première émotion a donné lieu à une accolade sincère au centre du cloître avec Jose Angel Montagne, le journaliste d’El Païs qui a découvert et publié toute l’histoire.

Lors de la visite, il a mesuré la longueur de l’une des deux galeries :

23,80 mètres , soit plus que ce qui a été mesuré par Google Earth …  J’avais calculé 20,8 mètres. L’autre galerie : 23,9 mètres, c’est beaucoup plus que les 21,9 mètres calculés. Et c’est plus grand que le cloître de Silos”. Puis vinrent les mesures des voutes: 3 mètres 21 ! C’est très élevé !

Premier verdict sur le cloitre de Palamos.

Les premières conclusions du professeur Boto furent tout de même positives mais teintées d’une grande prudence:

Les sculptures sont remarquables, il y a beaucoup de matériel original malgré quelques pièces refaites à neuf. Cependant il existe des aspects déroutants d’ordre architectural, tandis que l’aspect sculptural suit le répertoire de Silos, avec un type de chapiteau typique de ce style Castillan. Le verdict pourrait être : authentique, mais avec des réserves. Je ne peux pas affirmer que le cloitre est original. Les techniciens et chercheur devront avoir du temps et de la tranquillité pour travailler.

source : http://cultura.elpais.com/cultura/2012/06/04/actualidad/1338839166_403833.html

Les anciens propriétaires se font connaitre

La deuxième réaction à l’article d’el Pais est celle de Juan Manuel Ortiz (86 ans), fils de Julien Ortiz, un restaurateur d’antiquités, qui avait reçu la mission en 1931 de prendre soin du cloître acheté par un antiquaire célèbre, Ignacio Martinez. On tenait là avec ce témoignage, une explication à la présence de ce cloitre sur la Costa Brava.

La falille Ortiz devant le cloitre de Palamos, stocké non loin de Madrid
La famille Ortiz devant le cloitre de Palamos, stocké non loin de Madrid

Le cloitre d’origine inconnue, a été reconstruit dans les années 30 sur un terrain de Ciudad Lineal (Madrid). La guerre a interrompu le montage, qui n’a été achevé qu’en 1943. La mise en vente de la pièce a été faite à partir de 1936.
En 1958, le cloitre fut adjugé à un propriétaire de la Costa Brava, pour 1 million de pesetas.
Juan Manuel Ortiz explique dans son témoignage, qu’il a fallu un an pour dresser la liste des pièces et démanteler le cloître pour le transporter. Les camions ” semblait s’effondrer” sous le poids des pierres. Les camions appartenaient à l’entreprise catalane Matthew & Matthew. Dans les documents de l’époque, il semble que le cloître transporté fut noté comme « gothique ».

Les propriétaires du mas del Vent réagissent enfin !

Le troisième effet de l’article d’el Païs est de réveiller les propriétaires du Mas del vent. Un représentant de la propriété fait une déclaration officielle qui dénote avec le brouhaha médiatique de l’affaire.

la construction du cloitre de Palamos - archives municipales
la construction du cloitre de Palamos – archives municipales

Les propriétaires n’ont jamais été curieux de connaître la provenance de la pièce. Ils ont acheté le cloitre à Madrid en 1958 pour un million de pesetas. Ils affirment qu’il existe des photos du montage de 1959 aux archives municipales de Palamos. Ils se défendent d’avoir caché le cloitre, mais affirment qu’ils voulaient protéger leur vie privée. Ils n’ont jamais soulevé la question de l’authenticité , parce qu’ils n’avaient aucun intérêt dans cette affaire.

reconstruction du cloitre de Palamos - archives municipales
reconstruction du cloitre de Palamos – archives municipales

Et pourtant ces propriétaires peu curieux ont toujours une attitude mystérieuse avec le cloitre. Imaginez-vous qu’aucune photo du monument n’a circulé avant celle réalisées par Vincent Leroux! La famille propriétaire des lieux a toujours montré une extrême réticence à la photographie des abords de la piscine, où se trouve le fameux cloitre. Même Vincent Leroux, pourtant mandaté pour un reportage, a dû demander pour obtenir la permission de prendre une photo des arches sous les pins parasols entourant la piscine. Jamais la piscine n’a été photographiée alors que le reste de la propriété est à la location sur internet !!

reconstruction du cloitre de Palamos - archives municipales
reconstruction du cloitre de Palamos – archives municipales

 

Juillet 2012, le verdict tombe : le cloitre est un réplique

Le comité chargé de l’étude du cloitre formé par le gouvernement catalan, était composé de quatre restaurateurs, trois architectes archéologues, deux géologues et un historien de l’art. Mais pas de spécialiste de l’histoire romane espagnole.
“En bref, le cloître de Palamos est une re-création, un pastiche, une imitation ou un plagiat qui consiste à prendre certaines caractéristiques du travail d’un artiste et de les combiner de telle manière qu’elles donnent l’impression d’être une création indépendante. Le travail a bien été exécuté par un bon architecte et un sculpteur habile, qui connaissait le langage iconographique médiéval”. Tel est le verdict de Miguel Merino de Cáceres, Ségovie, docteur en architecture, professeur à l’Université Polytechnique de Madrid et spécialiste du pillage de l’architecture médiévale, à l’égard de la galerie du cloitre du Mas de Vent.
Mais ces conclusions hâtives semblent laisser des grandes zones d’ombre.

  • Les scientifiques, reconnaissent l’existence d’éléments médiévaux dans le cloitre, mélangés à des éléments de reconstitution. Mais ils ne peuvent spécifier la proportion des éléments romans par rapport à ceux qu’ils jugent de la reconstruction du XXe siècle. Par ailleurs, ils admettent que l’ensemble du monument est apparemment constitué de la même pierre Vilamayor, de la région de Salamanque et Zamora. Les chapiteaux a été «nettoyés de façon très agressive», ce qui empêche de trouver des couches de surface qui permettent la datation. Il existe des signes de patine, mais non significatifs. Il faudrait réaliser une étude des lichens, certes longue et coûteuse, qui pourrait permettre une datation plus précise.
  • Mais ce qui suscite la méfiance parmi l’équipe interdisciplinaire, c’est la magnificence du cloitre.

    C’est le cloître roman le plus spectaculaire de tous les cloîtres romans dans la péninsule, s’il est d’origine romane. Un cloître de cette taille et si spectaculaire ne pouvait être que dans une cathédrale ou dans un grand monastère. Évidemment, ce n’est pas une cathédrale, car ça se saurait. Et cela aurait difficilement pu être dans un grand monastère sans laisser aucune trace.

 

Les scientifiques ont écrit dans leur rapport :

C’est un carré parfait, aux dimensions précises, les éléments architecturaux sont comme ceux de San Juan de la Peina, mais la référence sculpturale est Silos, duquel il prend la plupart du répertoire iconographique. Le secret de son origine, au-delà du stockage à Ciudad Lineal à Madrid, où il apparaît dans les années 1930, est encore à démêler.

Le rapport reconnaît qu’il est venu «d’un autre endroit, mais personne ne peut dire d’où ».
Gerardo Boto, ne commentera pas ces résultats.
https://elpais.com/cultura/2012/07/31/actualidad/1343750377_223098.html
http://www.diaridegirona.cat/comarques/2012/06/22/claustre-palamos-imitacio-plagi/568850.html

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